On se retrouve pour une fin de semaine culturelle

Salut!

Comment vas-tu? Est-ce que je t’ai manqué?

Allez, ne sois pas gênée… Même un oui à peine audible murmuré du bout des lèvres me comblerait.

Laisse-moi te reposer la question autrement : as-tu pensé à moi ces dernières années?

Moi, oui. Pas tous les jours, mais presque. J’ose le dire, je me suis ennuyé de toi.

Pourquoi est-ce que je t’écris aujourd’hui, après toutes ces saisons passées loin l’un de l’autre? Simplement pour te rappeler notre folle promesse d’adolescence. Te souviens-tu? On s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, mêmes pommes.

Eh bien voilà, l’heure des retrouvailles a enfin sonné! Je sais que je suis dernière minute, mais es-tu libre en fin de semaine? Sinon, attendre un autre dix ans serait décourageant.

J’ai pensé à deux activités à faire ensemble. Dis-moi ce que tu en penses.

L’Épicerie musicale

Présenté lors des Escales improbables, L’Épicerie musicale est un kiosque agrico-musical qui propose aux clients d’acheter des fruits, des légumes et des chansons d’une vingtaine d’artistes dont Yann Perreau, Dany Placard et Amylie.

Jérôme Minière et Marie-Pierre Normand, qui ont tous les deux collaboré à la pièce LE DERNIER FEU au Théâtre ESPACE GO l’hiver dernier, tiennent la barre de ce marché tout à fait inusité en collaboration avec Tristan Malavoy et de trois producteurs agricoles. D’ailleurs, Jérôme Minière travaillera encore à GO cette saison pour le spectacle LA VILLE.

Le journal Métro parlait justement de L’Épicerie musicale aujourd’hui :

L’épicerie musicale est ce concept absolument charmant imaginé par Jérôme Minière. L’idée : on réunit 24 artistes musicaux (Minière, Yann Perreau, Alaclair Ensemble, Forêt, Groenland et on en passe) et 3 agriculteurs, qui joignent leurs forces pour offrir des produits du terroir sous forme de fruits et légumes… et de pièces téléchargeables auquel on aura accès en se procurant, pour la somme de 0,99$, un de ces «légumes musicaux». Une façon résolument sympathique de découvrir les artisans d’ici. Une nouveauté cette année: samedi et dimanche à 16 h, Tristan Malavoy s’entretiendra avec des représentants des cultures maraîchère et chansonnière pour faire l’analogie entre les problématiques vécues par les deux. Ça promet aussi!

L’Épicerie musicale de Jérôme Minière Image © Marie-Pierre Normand

Dessin de Marie-Pierre Normand, tiré de la page Facebook de L’Épicerie musicale.

C’est quand? Vendredi 6 et samedi 7 septembre de 13 h à 19 h, dimanche 8 septembre de 13 h à 17 h 30.

Berlin appelle

Du côté du Goethe-Institut, Daniel Brière et Evelyne de la Chenelière, auteure en résidence à ESPACE GO, présentent la déambulation vidéo-théâtrale Berlin appelle en compagnie de Catherine De Léan et Marc Fortier.

Sur le site du Goethe-Institut, les deux artistes décrivent la raison de leur attachement envers la ville de Berlin :

Le syndrome de Stendhal, à l’origine, définit le phénomène par lequel, exposé à une abondance d’œuvres d’art, un voyageur se retrouve face à sa conception artistique et à la grandeur des œuvres.
Stendhal l’a vécu à Florence, et nous l’avons vécu à Berlin.
Au contact de cette ville et de sa frénésie, notre perception de l’art, de la liberté, de la communauté, de la famille et de la mémoire, entre autres, s’en est trouvée irrémédiablement ébranlée.

Ça promet, non?

Le journal Voir s’est entretenu cette semaine avec Evelyne et Daniel.

J’ai hâte de te retrouver, chère amie, pour notre fin de semaine culturelle tant attendue. Si tu ne me reconnais pas après toute ces années, sache que je serai facile à repérer : je porterai un jeans bleu.

P.S. L’emploi du féminin pour désigner une personne dans cette lettre n’a d’autres fins que celle d’alléger le texte.

Le théâtre, un art éphémère

éphémère [efemεre]
adj. Qui est de courte durée, qui n’a qu’un temps.

Ce que j’aime du théâtre, c’est que chaque représentation est unique.

Ça se passe toujours ici et maintenant, avec les spectateurs dans la salle.

Si tu es là, tant mieux. Sinon, tant pis.

Et contrairement à un film ou à un disque, une pièce de théâtre a une durée de vie bien définie.

Exemple illustré du dernier spectacle de la saison

Des bouts de bois et des toiles.

C’est tout ce qui reste de LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE.

Ça et quelques souvenirs, bien sûr.

Voici donc quelques photos du décor, avant et après la dernière représentation :

Avant

La Fureur de ce que je pense Photo Caroline Laberge

Après

La Fureur Bois Photo Hubert Larose St-Jacques
Le décor en pièces détachées (photo prise depuis l’hélicoptère ESPACE GO).

***

La Fureur Tableaux  Photo Hubert Larose St-Jacques
Des toiles (de la chambre de Sophie Cadieux) qui attendent un lift vers notre entrepôt, pour un repos bien mérité.

***

Pour voir d’autres photos de LA FUREUR DE CE QUE JE PENSE, cliquez ici.

De votre côté, quelles impressions, quels images, quels moments du spectacle gardez-vous en mémoire?

###

► Laissez un commentaire!

Janette Bertrand vous répond : lettres tirées de son courrier du cœur (partie 4 de 4)

Eh oui, nous voici déjà rendus à la dernière partie de cette série consacrée au courrier du cœur de Janette Bertrand, chronique qu’elle a tenue entre les années 1953 et 1969.

Janette Bertrand Opinions de femmes Toujours © George LaudaToutes les lettres publiées sur le blogue sont authentiques : celle d’une adolescente qui aime trop se faire embrasser, deux autres où il est question d’argent, puis deux encore dans lesquelles Dieu est évoqué.

Aujourd’hui, le couple et les problèmes qu’il engendre parfois sont à l’honneur…

D’abord, un mari en manque de caresses admet être sur le point de succomber au charme d’une belle jeune fille (j’avoue : c’est ma lettre préférée!).

Puis, une épouse au bord de la crise de nerfs confie n’être plus capable de supporter son mari jaloux « au dernier degré ».

Comme tant d’autres, cet homme et cette femme font confiance à Janette pour de judicieux conseils. Amis en couple, prenez des notes!

Bonne lecture!

« Le pire que j’ai fait, ce fut d’embrasser trois jeunes filles et pas plus »

J’ai 34 ans, je suis marié depuis six ans et père de deux fillettes que j’adore. J’ai aussi la meilleure femme au monde. Propre, belle apparence, bonne cuisinière, aimante, économe, bref, elle a toutes les qualités. Depuis que nous sommes mariés, jamais elle ne m’a fait aucune caresse ou compliment sur mon physique. J’ai un des plus beaux physiques de cette ville, car je fais de la culture physique continuellement. Encore l’été dernier, j’ai gagné deux coupes pour mon développement physique. Elle ne l’a jamais remarqué. Mon physique la laisse complètement indifférente. Pourtant elle est intelligente, elle m’aime, mais elle semble croire que toutes ces caresses, qu’elle adore d’ailleurs, ne sont que pour elle. Jusqu’à maintenant, je lui ai toujours été fidèle. Le pire que j’ai fait, ce fut d’embrasser trois jeunes filles et pas plus. Dernièrement, j’ai rencontré une jeune fille qui m’a avoué avoir un gros penchant pour moi. C’est la dernière des trois. Elle ne cesse de me complimenter sur mon apparence, mon physique. Elle demeure seule et elle m’a invité. Je ne sais que faire. Quant à ma femme, j’ai été extrêmement diplomate avec elle. Je lui ai souvent parlé, je lui ai exprimé mes désirs et quelques centaines de fois je lui ai laissé entendre ce qui en était. Rien n’y fait. Je pourrais l’exiger, mais je n’aime pas les caresses forcées. Un conseil avant qu’il ne soit trop tard.

Son seul défaut

Janette Bertrand Opinions de femmes Passionnément © George LaudaMesdames, et vous Madame, qui vous laissez caresser, cajoler sans donner de retour, voyez ce que ce mari pense, ce que ce mari désire et comme il est en danger de tromper sa femme. Pourtant, son désir, aussi futile qu’il puisse paraître, est légitime. Homme, il est fier de son physique et voudrait que sa femme l’admire. Comme elle prend pour acquis que son mari lui appartient, elle ne le complimente jamais et elle a tort. La première petite sotte qui aura l’habileté de le trouver beau et fort, l’amadouera, l’enlèvera à sa femme. Mesdames, que votre mari soit bedonnant, chauve ou bancal, n’hésitez jamais à trouver que les têtes de boule de billard ont un charme fou, que le bedon fait réconfortant et riche et que les jambes croches donnent une démarche masculine. Si votre mari est beau, bien fait, n’hésitez pas à le lui dire et redire, car dans le fond les hommes sont aussi friands de compliments que les femmes. Alors avis à celles qui veulent garder leur mari. Complimentez-les sur leur beauté, leur force physique, leur virilité. Et vous, Monsieur, soyez plus intelligent que fort et dites-vous bien que tromper votre femme pour un compliment, c’est pousser trop loin la vanité. Cette fille a bien vu où était votre point faible, elle vous fera marcher et puis hop! elle vous laissera tomber pour un lutteur. Réfléchissez bien et si votre femme ne comprend pas, dites-lui carrément votre pensée. Vous serez peut-être surpris de l’entendre dire qu’elle a toujours admiré votre physique, mais qu’elle ne croyait pas qu’on dût faire des compliments à un homme. Réfléchissez et pensez qu’un jour vous serez ventru et courbé et que vous serez bien heureux d’avoir gardé l’amour de votre femme.

Janette, 1959

« Il ne veut pas avoir d’enfant disant que je vais me faire tripoter par les médecins »

Mariée depuis un an, âgée de 21 ans, me voilà découragée de cette vie conjugale. Mon mari, qui est âgé de 28 ans, est jaloux au dernier degré. Comme je suis obligée de travailler pour payer les dettes, monsieur me considère comme un chien. Il dit que toutes les filles qui travaillent dans un bureau sont des bonnes à rien. Pourtant, quand nous nous sommes mariés, j’étais vierge. Quand j’arrive de travailler, au lieu de m’embrasser ou de me demander si je suis fatiguée, voici ce qu’il me dit : « T’es-tu montré les jambes à ton patron, as-tu jasé, as-tu rencontré tes anciens amis, as-tu téléphoné à quelqu’un, etc. » Je pourrais vous écrire un roman de ses charmantes questions. Eh bien! je suis tannée de tout cela. À peine 3 mois après ce grand jour, monsieur parlait de séparation ou de divorce disant qu’il ne pouvait me comprendre. Je ne sais plus quoi faire pour le satisfaire. Je lui ai offert de ne plus travailler, il m’a répondu que si je ne travaillais pas, il ne travaillerait plus, disant qu’il n’est pas obligé de faire vivre une étrangère. Nous demeurons avec mes parents et il ne veut pas déménager car il veut se ramasser de l’argent. Il ne veut pas avoir d’enfant disant que je vais me faire tripoter par les médecins. Que feriez-vous dans un cas pareil? J’ai tout essayé, la douceur, la raideur et rien n’y fait.

Châtaine aux yeux pers

Ce n’est pas un homme que vous avez épousé, mais un bébé gâté qui, à mon humble avis, aurait besoin d’une bonne fessée. Après un an de mariage, vous avez deux solutions devant vous : partir ou recommencer à neuf. Avant de partir, songez bien à ce qui attend la femme séparée, je n’ai pas besoin de vous décrire la vie d’une femme séparée de son mari dans la province de Québec, pas de remariage, pas d’aventures car, si vous vous amourachez d’un autre homme, ce sera sans issue. Enfin tout ça vaut peut-être mieux que la vie avec un bébé jaloux, exigeant et têtu. Il reste l’autre solution, la conversation sérieuse avec votre mari. Ou bien tous deux vous ferez vos plans d’avenir, vos plans de bonheur, ou bien tous deux vous accepterez de mettre de l’eau dans votre vin; ce serait trop triste cette vie gâchée après un an de mariage. Il est encore temps de tout sauver et j’espère que votre mari sera assez intelligent pour comprendre qu’il perdra tout s’il continue de se conduire en enfant gâté. Essayez de le convaincre de recommencer à neuf. S’il ne veut pas, vous déciderez si la séparation vaut mieux que cette vie de soupçons et d’amertume. S’il pouvait comprendre que le bonheur se tisse au jour le jour à même les sacrifices que l’on fait l’un pour l’autre!

Janette, 1959

Janette BertrandMesdames, je vous en supplie, n’abandonnez pas votre homme pour un lutteur! Si vous êtes à un Speedo du bonheur, je suis sûr que ça peut s’arranger. N’est-ce pas messieurs?

En terminant, je voudrais remercier Mme Bertrand d’avoir accepté que ces lettres (et ses réponses) soient publiées sur le blogue. Je lui souhaite un hommage rempli d’amour le 5 juin, lors de la soirée-bénéfice du Théâtre ESPACE GO.

###

► Laissez un commentaire!
► Partagez via Facebook

Les lettres et les réponses sont tirées de Bertrand, Janette. 1959. Opinions de femmes. Montréal : Éditions Beauchemin, 127 p.

Janette Bertrand vous répond : lettres tirées de son courrier du cœur (partie 3 de 4)

« La vie est-elle si morne, si décevante,
Qu’il faille attendre,
Toujours attendre?
Tenir le bonheur au bout d’un fil,
Et passer sa vie à tirer sur le fil?
— Janette Bertrand, Attente

Comme vous le savez maintenant (puisque je le répète depuis une semaine!), le Théâtre ESPACE GO rendra hommage à Janette Bertrand au début juin, lors de sa soirée-bénéfice annuelle.

Je trouvais cependant qu’attendre un mois pour honorer Mme Bertrand, c’était trop long. Donc, depuis la semaine dernière, des lettres authentiques (datant des années 50) tirées du courrier du cœur de Janette Bertrand et les réponses de celle-ci sont publiées sur le blogue. Vous avez d’ailleurs été très nombreux à lire les trois lettres précédentes : « Je voudrais me guérir »« Ma future belle-mère pense autrement » et « Ma femme fait tout, à part de s’occuper de son mari ».

Aujourd’hui, les lettres sont plus dramatiques. Les auteurs sont deux jeunes adultes qui manquent de confiance en eux et surtout, qui désespèrent de ne jamais connaître l’amour. Heureusement, Janette trouve les mots pour les rassurer (même si elle est un peu dure) et, disons-le, remettre Dieu à sa place!

Enfin, pour plus de réalisme et de plaisir, voici un petit truc suggéré par un ami : lisez ces lettres en adoptant mentalement une bonne vieille voix des années 50. Vous savez, celle de votre grand-père, par exemple. C’est un peu l’équivalent des lunettes 3D au cinéma.

Bonne lecture chers amis!

« J’ai le front très haut, très large »

Je suis un jeune homme qui aura bientôt 20 ans. Je mesure 5’9”, j’ai mauvaise haleine et le front très haut. Je ne parle pas aux autres, car j’ai peur qu’ils s’éloignent de moi, repoussés par ma mauvaise haleine. J’ai le front très haut, très large. On dit que c’est un signe d’intelligence, mais je vous dis que je m’en fiche pas mal du signe. J’aurais voulu avoir un front bas, c’est-à-dire les cheveux assez bas sur le front et les tempes, comme les ont mes camarades de bureau. Le front haut, ce n’est pas tout, ah! non. Les cheveux me tombent abondamment. J’ai l’air d’un chauve, enfin… presque. Je suis très malheureux à cause de cela, je ne sors jamais, n’ai aucun ami ni amie, j’ai honte de moi. Croyez-vous que Dieu me fasse tomber les cheveux pour me faire savoir que je dois quitter le monde et me faire religieux? Quelquefois je me console en me disant que c’est la volonté de Dieu, mais tout aussitôt après, je retombe dans mes pensées écrasantes, car je pense à mes cheveux et à mon haleine.

Solitaire malheureux

Janette Bertrand Opinions de femmes À la folie © Georges Lauda

Vous êtes si orgueilleux que vous pensez que Dieu occupe ses loisirs à faire tomber vos cheveux un par un. Voyons, vous n’êtes pas le seul à avoir le front haut. Vous faites même partie de la moyenne. Au lieu de voir le doigt de Dieu dans votre calvitie naissante, pensez à ce mot : « Aide-toi et le Ciel t’aidera. » Pour vous aider, consultez soit une clinique capillaire, soit un dermatologiste, puis regardez vraiment autour de vous. Certes, il y a des garçons aux belles chevelures, mais il y a tous les autres qui, comme vous, vers l’âge de 20 ans, commencent à devenir chauves. Regardez-les eux aussi, et comptez-vous chanceux de n’avoir qu’un front haut, tant d’autres sont aveugles ou sourds ou laids ou infirmes. On n’a pas le droit de gâcher sa vie pour un si petit défaut physique. Quant à votre haleine, il faut consulter un médecin et tuer la mauvaise haleine en prenant régulièrement des pilules de chlorophylle. Il y a des remèdes à tous les maux et les vôtres sont minimes. Allez donc visiter l’hôpital des vétérans où sont les grands blessés, les infirmes, les défigurés, vous n’oserez plus vous faire de bile pour 4 cheveux envolés au vent. Je vous soupçonne d’aimer être malheureux et de cultiver vos petits malheurs comme des fleurs précieuses. Attention! Si vous ne réagissez pas, vous deviendrez neurasthénique. Pensez moins à vous, plus aux autres, ça vous aidera.

Janette, 1959

« À l’âge de douze ans, j’ai eu un malheur »

Janette Bertrand Opinions de femmes Beaucoup © George LaudaÀ l’âge de douze ans, j’ai eu un malheur alors que je ne savais rien des choses de la vie. Ma mère ne m’a jamais parlé de rien car elle était un peu scrupuleuse. Elle nous cachait toujours ça et on l’a appris ici et là. Je n’ai pas recommencé depuis, mais je me tracasse beaucoup, je ne dors plus, je ne mange plus, je ne trouve rien de drôle. On me dit souvent que je suis bête, je ne suis pas capable de me maîtriser. Je suis triste, ma santé s’en ressent, j’ai des boutons et des marques et on m’a beaucoup disputée pour ça. Je n’ose pas trop me montrer, ça me gêne. Dites-moi un bon mot d’encouragement, s.v.p. Aujourd’hui, j’ai 18 ans et j’en souffre encore. Je reste à la maison pour aider ma mère et je m’ennuie beaucoup. Aussitôt que je vois un beau garçon, je pense à lui et je me dis que je ne pourrai jamais me marier et ça me fait beaucoup de peine. Je pleure le soir avant de m’endormir et il me semble que, si j’avais quelqu’un à qui me confier, ça me ferait du bien.

Rin-Tin-Tin

Beaucoup de jeunes filles souffrent comme vous d’une faute passée. Examinons ce grand malheur! N’est-ce pas plutôt une sottise qu’un malheur? Puisque vous étiez ignorante, que vous ne saviez rien de la vie, votre faute au point de vue péché n’est pas bien grave. Rappelez-vous votre petit catéchisme : « Pour faire un péché mortel il faut : 1) connaissance suffisante. » Voyons! Oubliez-la cette bêtise puisque vous n’en étiez pas tout à fait responsable. Êtes-vous plus sévère que le prêtre qui vous a, je suppose, déjà pardonnée? Et puis, vous n’êtes pas la seule à avoir fait des sottises à 12 ans. La curiosité et l’ignorance sont alors les seules coupables. Je vous soupçonne de chérir votre malheur parce qu’il vous donne un bon motif pour vous apitoyer sur vous-même, vous refermer sur vous-même. C’est pour la même raison que vous entretenez vos boutons; pour avoir un motif pour vous cacher loin du monde. Voyons, si vous le vouliez, vous pourriez être heureuse. Dans votre cas, il s’agit de vouloir : vouloir oublier le passé qui, entre vous et moi, n’est pas bien terrible; vouloir guérir vos boutons en n’y touchant pas, en consultant un dermatologiste et en mangeant mieux. Vouloir, voilà la clef de votre bonheur. Persuadez-vous que vous n’êtes ni plus bête ni plus laide que les autres. Souriez souvent. Occupez-vous des autres. Pensez moins à vous et, un jour, l’amour vous tendra les bras. Je ne vois pas pourquoi vous ne trouveriez pas à vous marier. S’il fallait être vierge pour se marier, il y a bien des foyers heureux qui ne se fondraient pas.

Janette, 1959

Une calvitie naissante niche sur votre tête? Je vous comprends donc. Rappelez-vous qu’il y a de l’espoir. Parole de Janette.

Les deux dernières lettres de la série seront mardi prochain.

###

► Qu’en pensez-vous? Laissez un commentaire!
► Partagez via Facebook

Les lettres et les réponses sont tirées de Bertrand, Janette. 1959. Opinions de femmes. Montréal : Éditions Beauchemin, 127 p.

Janette Bertrand vous répond : lettres tirées de son courrier du cœur (partie 2 de 4)

Madame Bertrand je suis parfait bilingue j’aime le bowling
Les bons programmes la danse et le cinéma
J’fais un bon salaire j’ai des économies ainsi qu’une auto claire
Aventurière prière de s’abstenir
— Robert Charlebois, Madame Bertrand

Au début juin, le Théâtre ESPACE GO rendra hommage à la grande Janette Bertrand lors de sa soirée-bénéfice annuelle.

Janette Bertrand Opinions de femmes

En guise de clin d’œil à cette fameuse dame, voici deux authentiques lettres (et les réponses de Janette) tirées de la chronique Opinions de femmes, le courrier du cœur que Mme Bertrand a tenu dans Le Petit Journal entre 1953 et 1969.  Celles-ci ont été publiées à la fin des années 50.

Cet article est le deuxième d’une série de quatre. Vous pouvez d’ailleurs lire les autres lettres déjà publiées : « Je voudrais me guérir », « J’ai le front très haut, très large » et « À l’âge de douze ans, j’ai eu un malheur »

Bonne lecture chers amis! J’espère que les réponses de Janette pourront vous aider à régler certaines situations délicates…!

« Ma future belle-mère pense autrement »

Je suis âgée de 20 ans et je fréquente un jeune homme de 23 ans. Je voudrais qu’il se mette de l’argent à la banque pour pouvoir acheter notre ménage, mais ma future belle-mère pense autrement. Elle voudrait qu’il lui donne ses payes, puis lorsqu’il sera temps, elle nous achètera notre ménage. Mon ami prend pour sa mère, mais moi je pense autrement. Je crois que cela va faire de la chicane et qu’elle va s’imposer dans notre ménage. J’ai dit cela à mon ami et il m’a répondu : « Ma mère ne s’imposera pas, on va acheter le ménage qui nous plaît et elle va payer ». Je dois vous dire que si ça se passe comme cela, ça ne fera pas mon affaire. Il faut dire que cette femme a deux brus et que ça ne marche pas dans leur ménage. Est-ce à elle la faute?

Loulou qui aura 20 ans.

Loulou, vous avez raison de vous opposer à ce que votre ami donne ses payes à sa mère et qu’elle aille ensuite acheter votre ménage. Je ne vois d’autre raison à cette manigance que celle de vous faire sentir que vous ne serez jamais que le second violon dans la vie de son fils. Dans votre cas, votre belle-mère est un grand danger pour votre bonheur. Il va falloir parler très sérieusement à votre ami, aller même jusqu’à lui laisser le choix entre vous et cette « manigance ». Votre ami, s’il est homme, est tout à fait capable de mettre son argent à la banque et au moment venu d’acheter ses meubles pour sa maison. S’il laissait sa mère se mêler déjà de son ménage, c’en serait fini de votre paix, de votre intimité. À tout propos il aurait recours à elle pour conduire son ménage et vous pouvez vous imaginer votre rôle à vous, rôle de celle qui se sent inutile et incapable. Je vous en prie, soyez ferme et avant de vous marier, étudiez dans tous les sens les rapports entre votre ami et sa mère. S’il ne peut faire deux pas sans elle, méfiez-vous. Le mariage n’arrangera rien, au contraire. Vous serez deux femmes à vous disputer le même homme et dans ces cas-là, c’est toujours la mère qui l’emporte. Tirez cette question au clair, c’est essentiel.

Janette, 1959

« Ma femme fait tout, à part de s’occuper de son mari »

Je viens vous expliquer mon problème. Ma femme fait tout, à part de s’occuper de son mari. Sa spécialité, c’est de se coucher vers dix, onze heures et même minuit. Repas nul, le matin. La rue, voilà sa devise et le maudit bingo. Elle dépense au moins quarante à soixante dollars par semaine et elle refuse de payer ses comptes de lumière et de téléphone, car elle n’a pas assez d’argent. Les repas sont faits par ma fille qui a 16 ans. Le loyer et le bois, c’est moi qui les paye en plus. Elle est trop dans l’argent. Son mari ne compte plus. Elle a tout « viré » les enfants contre moi. Mon autorité, je n’en ai plus. Je ne suis plus le père. Maintenant le lit. Je puis compter sur les dix doigts les fois qu’elle a été aimable. Refuser bien des fois, attendre que je dorme pour se coucher et me priver. Je suis normal. Elle n’a pas le temps. Mais mon argent : « Donne-m’en gros »… Voyages, promenades trop souvent. Mesure pleine, je pense au divorce sous peu. Pas le droit de reprendre mes enfants, pas le droit de les battre. En un mot je l’ai trop gâtée. Aujourd’hui je paye pour. S’il vous plaît une solution.

Un qui pleure

Une solution? Un coup de poing sur la table! Une explication entre quatre-z-yeux! Un changement de vie! Si vous laissez votre femme tenir le gouvernail de votre ménage et que vous vous apercevez que votre barque a échoué, allez-vous rester là à ne rien faire? Un « homme » dit à sa femme : « Tu ne sais pas conduire » et il reprend les rames qu’il n’aurait jamais dû abandonner. Il rame, il remonte le courant et il peut enfin se la couler douce. Il est temps, Monsieur, que vous soyez ferme et décidé avec votre femme. Après une conversation avec elle, proposez-lui de reprendre les guides du ménage, exigez-le même et faites-vous un budget. Essayez de lui faire comprendre que les enfants se marieront et que très bientôt vous serez seuls tous les deux. Vous pouvez finir votre vie en amis ou en ennemis. Comme vous êtes partis là, vos vieux jours seront un enfer. Si vous le vouliez tous les deux, vous pourriez goûter à un échantillon du Paradis. Il s’agit pour vous d’être maintenant le père, le mari, le maître de la maison, et pour votre femme d’accepter de mettre de l’argent de côté et de s’occuper un peu plus de ses enfants et de vous. J’espère qu’après 25 ans de ménage, vous saurez être assez sage pour vous préparer une seconde lune de miel. C’est possible et c’est tellement plus intelligent que de passer ses vieux jours à se détester. Faites les premiers pas, mais soyez ferme et persévérant et j’ai bon espoir que vous retrouverez l’amour de votre première année de mariage.

Janette, 1959

La leçon à retenir? Surveillez bien les manigances de votre belle-mère!

Deux autres lettres seront publiées vendredi.

###

► Qu’en pensez-vous? Laissez un commentaire!
► Partagez via Facebook

Les lettres et les réponses sont tirées de Bertrand, Janette. 1959. Opinions de femmes. Montréal : Éditions Beauchemin, 127 p.