Janette Bertrand vous répond : lettres tirées de son courrier du cœur (partie 4 de 4)

Eh oui, nous voici déjà rendus à la dernière partie de cette série consacrée au courrier du cœur de Janette Bertrand, chronique qu’elle a tenue entre les années 1953 et 1969.

Janette Bertrand Opinions de femmes Toujours © George LaudaToutes les lettres publiées sur le blogue sont authentiques : celle d’une adolescente qui aime trop se faire embrasser, deux autres où il est question d’argent, puis deux encore dans lesquelles Dieu est évoqué.

Aujourd’hui, le couple et les problèmes qu’il engendre parfois sont à l’honneur…

D’abord, un mari en manque de caresses admet être sur le point de succomber au charme d’une belle jeune fille (j’avoue : c’est ma lettre préférée!).

Puis, une épouse au bord de la crise de nerfs confie n’être plus capable de supporter son mari jaloux « au dernier degré ».

Comme tant d’autres, cet homme et cette femme font confiance à Janette pour de judicieux conseils. Amis en couple, prenez des notes!

Bonne lecture!

« Le pire que j’ai fait, ce fut d’embrasser trois jeunes filles et pas plus »

J’ai 34 ans, je suis marié depuis six ans et père de deux fillettes que j’adore. J’ai aussi la meilleure femme au monde. Propre, belle apparence, bonne cuisinière, aimante, économe, bref, elle a toutes les qualités. Depuis que nous sommes mariés, jamais elle ne m’a fait aucune caresse ou compliment sur mon physique. J’ai un des plus beaux physiques de cette ville, car je fais de la culture physique continuellement. Encore l’été dernier, j’ai gagné deux coupes pour mon développement physique. Elle ne l’a jamais remarqué. Mon physique la laisse complètement indifférente. Pourtant elle est intelligente, elle m’aime, mais elle semble croire que toutes ces caresses, qu’elle adore d’ailleurs, ne sont que pour elle. Jusqu’à maintenant, je lui ai toujours été fidèle. Le pire que j’ai fait, ce fut d’embrasser trois jeunes filles et pas plus. Dernièrement, j’ai rencontré une jeune fille qui m’a avoué avoir un gros penchant pour moi. C’est la dernière des trois. Elle ne cesse de me complimenter sur mon apparence, mon physique. Elle demeure seule et elle m’a invité. Je ne sais que faire. Quant à ma femme, j’ai été extrêmement diplomate avec elle. Je lui ai souvent parlé, je lui ai exprimé mes désirs et quelques centaines de fois je lui ai laissé entendre ce qui en était. Rien n’y fait. Je pourrais l’exiger, mais je n’aime pas les caresses forcées. Un conseil avant qu’il ne soit trop tard.

Son seul défaut

Janette Bertrand Opinions de femmes Passionnément © George LaudaMesdames, et vous Madame, qui vous laissez caresser, cajoler sans donner de retour, voyez ce que ce mari pense, ce que ce mari désire et comme il est en danger de tromper sa femme. Pourtant, son désir, aussi futile qu’il puisse paraître, est légitime. Homme, il est fier de son physique et voudrait que sa femme l’admire. Comme elle prend pour acquis que son mari lui appartient, elle ne le complimente jamais et elle a tort. La première petite sotte qui aura l’habileté de le trouver beau et fort, l’amadouera, l’enlèvera à sa femme. Mesdames, que votre mari soit bedonnant, chauve ou bancal, n’hésitez jamais à trouver que les têtes de boule de billard ont un charme fou, que le bedon fait réconfortant et riche et que les jambes croches donnent une démarche masculine. Si votre mari est beau, bien fait, n’hésitez pas à le lui dire et redire, car dans le fond les hommes sont aussi friands de compliments que les femmes. Alors avis à celles qui veulent garder leur mari. Complimentez-les sur leur beauté, leur force physique, leur virilité. Et vous, Monsieur, soyez plus intelligent que fort et dites-vous bien que tromper votre femme pour un compliment, c’est pousser trop loin la vanité. Cette fille a bien vu où était votre point faible, elle vous fera marcher et puis hop! elle vous laissera tomber pour un lutteur. Réfléchissez bien et si votre femme ne comprend pas, dites-lui carrément votre pensée. Vous serez peut-être surpris de l’entendre dire qu’elle a toujours admiré votre physique, mais qu’elle ne croyait pas qu’on dût faire des compliments à un homme. Réfléchissez et pensez qu’un jour vous serez ventru et courbé et que vous serez bien heureux d’avoir gardé l’amour de votre femme.

Janette, 1959

« Il ne veut pas avoir d’enfant disant que je vais me faire tripoter par les médecins »

Mariée depuis un an, âgée de 21 ans, me voilà découragée de cette vie conjugale. Mon mari, qui est âgé de 28 ans, est jaloux au dernier degré. Comme je suis obligée de travailler pour payer les dettes, monsieur me considère comme un chien. Il dit que toutes les filles qui travaillent dans un bureau sont des bonnes à rien. Pourtant, quand nous nous sommes mariés, j’étais vierge. Quand j’arrive de travailler, au lieu de m’embrasser ou de me demander si je suis fatiguée, voici ce qu’il me dit : « T’es-tu montré les jambes à ton patron, as-tu jasé, as-tu rencontré tes anciens amis, as-tu téléphoné à quelqu’un, etc. » Je pourrais vous écrire un roman de ses charmantes questions. Eh bien! je suis tannée de tout cela. À peine 3 mois après ce grand jour, monsieur parlait de séparation ou de divorce disant qu’il ne pouvait me comprendre. Je ne sais plus quoi faire pour le satisfaire. Je lui ai offert de ne plus travailler, il m’a répondu que si je ne travaillais pas, il ne travaillerait plus, disant qu’il n’est pas obligé de faire vivre une étrangère. Nous demeurons avec mes parents et il ne veut pas déménager car il veut se ramasser de l’argent. Il ne veut pas avoir d’enfant disant que je vais me faire tripoter par les médecins. Que feriez-vous dans un cas pareil? J’ai tout essayé, la douceur, la raideur et rien n’y fait.

Châtaine aux yeux pers

Ce n’est pas un homme que vous avez épousé, mais un bébé gâté qui, à mon humble avis, aurait besoin d’une bonne fessée. Après un an de mariage, vous avez deux solutions devant vous : partir ou recommencer à neuf. Avant de partir, songez bien à ce qui attend la femme séparée, je n’ai pas besoin de vous décrire la vie d’une femme séparée de son mari dans la province de Québec, pas de remariage, pas d’aventures car, si vous vous amourachez d’un autre homme, ce sera sans issue. Enfin tout ça vaut peut-être mieux que la vie avec un bébé jaloux, exigeant et têtu. Il reste l’autre solution, la conversation sérieuse avec votre mari. Ou bien tous deux vous ferez vos plans d’avenir, vos plans de bonheur, ou bien tous deux vous accepterez de mettre de l’eau dans votre vin; ce serait trop triste cette vie gâchée après un an de mariage. Il est encore temps de tout sauver et j’espère que votre mari sera assez intelligent pour comprendre qu’il perdra tout s’il continue de se conduire en enfant gâté. Essayez de le convaincre de recommencer à neuf. S’il ne veut pas, vous déciderez si la séparation vaut mieux que cette vie de soupçons et d’amertume. S’il pouvait comprendre que le bonheur se tisse au jour le jour à même les sacrifices que l’on fait l’un pour l’autre!

Janette, 1959

Janette BertrandMesdames, je vous en supplie, n’abandonnez pas votre homme pour un lutteur! Si vous êtes à un Speedo du bonheur, je suis sûr que ça peut s’arranger. N’est-ce pas messieurs?

En terminant, je voudrais remercier Mme Bertrand d’avoir accepté que ces lettres (et ses réponses) soient publiées sur le blogue. Je lui souhaite un hommage rempli d’amour le 5 juin, lors de la soirée-bénéfice du Théâtre ESPACE GO.

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Les lettres et les réponses sont tirées de Bertrand, Janette. 1959. Opinions de femmes. Montréal : Éditions Beauchemin, 127 p.

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