Extraits de critiques

On retrouve l’écriture à fragments de Ronan Chéneau qui combine le trivial et le poétique, se jouant des clichés du langage pour mieux dire la déroute d’une vie sans idéaux.

Mais cette fois, les corps prennent le pas sur les mots pour dessiner avec force une dramaturgie du plateau, lente et silencieuse, qui passe par la présence fascinante d’acrobates de cirque : doubles, ombres ou anges gardien des deux protagonistes.

Leur vigueur juvénile, la douceur aérienne des gestes et l’énergie si parfaitement synchrone, tout cela procure une grande douceur en contrepoint du texte et du jeu des acteurs, et traduit d’autant mieux la violence du propos.
Maïa Bouteillet, Libération

 

Chorégraphie de la révolte intérieure et lentes acrobaties du déséquilibre, jeux de webcams, clairs-obscurs et voix qui scandent les quêtes de sens qu’on ne sait plus par où saisir… aux personnages imaginés par Ronan Chéneau et mis en scène par David Bobée (compagnie Rictus), les uns s’identifient, d’autres pas. Peut-être parce qu’à travers eux résonne le trouble d’une génération confrontée à toutes les schizophrénies contemporaines.
TT, Télérama

 

Cannibales, du groupe rictus, ne dit pas n’importe quoi. […] Leur théâtre ne réveillera pas que les trentenaires. Sa forme est tonique, sulfureuse, fragmentée, physique enfin : à rebours de cette photographie – juste – d’une génération blasée.

Dans Cannibales, tout est dit, nous parle, se ressent et nous malmène. Les corps d’acrobates écrivent une complexité et une fermeté qui a fui les actes et les mots à l’heure du « tout se vaut ». D’onirisme non plus, sorte de second souffle pour ses protagonistes, Cannibales n’est pas avare. Il en faut pour bâtir ce théâtre-là, politique.
Aude Brédy, L’Humanité

 

Le talent de Bobée

Du côté d’un certain jeune théâtre formellement métis, Cannibales De David Bobée (né en 1978) est exemplaire. Comment, en haut d’une perche de cirque, composer un doux duo d’amour désespéré, au milieu de danseurs, acrobates, musiciens et vidéos, d’une beauté quasi wilsonnienne? Chaque pas, chaque saut est parfaitement intégré au propos qui n’est pas nouveau, mais qu’importe.

Il faudra garder l’œil sur Bobée.
Odile Quirot, Le Nouvel Observateur

 

Une jeune équipe riche de fortes personnalités, et un homme de théâtre qui a une vision très personnelle du plateau, David Bobée. À suivre! Et, précisons-le, les jeunes aiment sans réserve!
Armelle Héliot, Le Figaro

 

Cannibales, la création de David Bobée et de l’auteur Ronan Chéneau, dégonfle les baudruches de la Vie et redonne au sacré une mesure humaine.

David Bobée fait du théâtre un art de l’éclairement du visible contre la peur qui mange tout cru, un travail de coloration. Les lumières sont centrales dans ses dramaturgies
 Stéphane Babi-Aubert travaille ses atmosphères comme des bains colorés, harmoniques et surréels. La théâtralité y reste une fiction, une création d’images et le signe d’un courage d’artistes contre l’obscurcissement et la pétrification. Regarder leurs scènes, c’est partager ce courage et entrer dans un mouvement.
Mari-Mai Corbel, Mouvement

 

Un spectacle à dévorer

La vraie vie des « Cannibales » est ailleurs. Dans le dispositif que le spectacle met en place et en branle. Cette façon de mener de front et d’entremêler l’écriture du texte, de l’espace, de la lumière, du son, du jeu. Une poétique du sensible qui entrelace la danse et l’acrobatie, la vidéo et l’intimité, le corps des mots et les mots du corps, le théâtre de l’ombre et les lumières de la ville, la musique des voix et les mélodies « up to date ». Les couples ont du mal à durer, les ressources du théâtre sont intarissables.

Intense cette danse d’amour entre un type qui marche sur un fil et une fille qui, sous lui, flirte avec ses pieds. Tout aussi intense cette déclaration d’amour de la fille à l’acrobate qui s’entortille sur un mat et, lui, parle avec ses muscles, sa prise de risque. Intense toujours, cette caméra sous la couette. Intense enfin, le roulis entraînant de la musique sur ces corps affolés du final. Ce théâtre des croisements de « Cannibales », dit « à fond » la chronique de ces identités trouées. Un geste fort. Une geste d’aujourd’hui.
Jean-Pierre Thibaudat, Rue 89

 

Le metteur en scène David Bobée et l’auteur dramatique Ronan Chéneau ont créé un triptyque sur une certaine souffrance générationnelle contemporaine : Res/Personna, Fées et Cannibales. Du bonheur comme cache-malheur, retour sur Cannibales, un spectacle symptôme.

La première vertu du texte de Ronan Chéneau et du spectacle de David Bobée, Cannibales, est de poser clairement la parenté de deux phénomènes contemporains, la dépolitisation et l’obsession du bonheur. On se souvient de la théorie énoncée en ouverture du Déclin de l’Empire américain (Denys Arcand, 1987) : le reflux des questions collectives entraîne une levée des préoccupations hédonistes individuelles. Si on ne se demande plus comment vivre ensemble, on se demande suis-je heureux.
Diane Scott, Regards

 

C’est immédiat, c’est doux et brutal. C’est poétique, cela fait sourire, mais c’est triste tout de même. C’est beau. C’est un peu un miroir de ce monde : des fragments, des bouts de phrases, des bouts de mots dans une polyphonie qui fait sens. C’est notre société, ses interférences, ses bruits parasites et son culte de l’exhibition. C’est la vitesse. Le rythme qui s’accélère. Des images d’autoroutes qui défilent, de nuit. Des questions simples. La peur de devenir ce qu’on a combattu à vingt ans. La mort du militantisme, un monde qui devient sans idéaux.

Clarisse Texier, en narratrice omnisciente, nous parle de cette génération en perdition, en perte de sens, cette première génération qui vivra moins bien que la précédente. Elle nous assène des vérités dites et redites : « les idéaux de nos parents ne nous ont pas sauvés »… Mais sa voix un peu cassée, constamment sur le fil, crée une sorte d’éclairage nouveau, qui met en relief la violence de ces révélations.

Peut-être que c’est ça l’engagement : un texte désarmé, à bout de souffle et de désir, pour trentenaires à la dérive. Un texte désarmé mais pas nihiliste. Un texte trop beau pour être nihiliste. Car on sort de la salle en ayant fait une telle expérience esthétique que l’on a juste envie de revenir… et de se battre. Ils ont dans la trentaine… et ça se passe maintenant.
Aurore Krol, Trois coups

 

Dernier volet d’un triptyque consacré au mal de vivre des trentenaires dans le monde d’aujourd’hui, Cannibales associe dans une forme exemplaire la chorégraphie, les arts plastiques, la vidéo, les lumières et les performances circassiennes, à l’interprétation et à la vitalité de sept jeunes comédiens.

Plus que les dialogues ou monologues proférés dans des situations fragmentaires, images, corps, performances acrobatiques, musiques, portent sens et poésie pour faire ressentir les enjeux sociaux et politiques du propos. Pour son engagement dans la réalité de son temps, par ses choix esthétiques et sa maîtrise de l’espace scénique, David Bobée, né en 1978, aujourd’hui artiste associé à la Scène nationale de Douai, est sans nul doute une personnalité à suivre.
Jean Chollet, Actualités de la scéno

 

Il y eut un temps où les romantiques souffraient de ne pas comprendre le mouvement du monde. Il semble que la compagnie Rictus s’attache à montrer un monde que l’on ne comprend que trop bien. Transparent, lisible, fluide – flexible, banquable, fashionable. Et qui fait d’autant plus mal.

Ironie douce amère, cynisme pas totalement désespéré, autodérision, confidences rigolotes et vraies colères contenues et beaucoup de paroles d’amour s’expriment sur la scène et créent un tout fragmenté, rythmé et cohérent. Bobée explore des formes hybrides, à la lisière de la performance. Il entrechoque des esthétiques : des écrans et des sons, des voix et des caméras, de la danse et des lumières, du cirque et des mots.

La compagnie offre un regard réflexif fait d’autodérision et de pathétisme sur les fantasmes, les craintes et les espoirs d’une génération.
La tonalité légère et douce de Cannibales fait du bien au moral et à nos idéaux.
Fluctua.net

 

Telle une bombe à fragmentations, le propos est vibrations internes circulant par les mots, la musique, la vidéo et les corps d’athlètes de ces jeunes acteurs et acrobates virtuoses. Utilisant l’esthétique sophistiquée qu’il dénonce le spectacle se fait provocateur. Loin des « aquoibonistes », ces trentenaires-là sauront se faire entendre.
Corinne Denailles, Pariscope

 

Le  Théâtre d’Alençon a accueilli la Compagnie Rictus pour son spectacle « Cannibales ».
Le public a été époustouflé par la qualité du travail de la jeune troupe caennaise. La Compagnie a su créer un « montage organique », alliant différents arts, au service d’un thème engagé et fort, et dans une ambiance cinématographique.
L’Orne Hebdo

 

Une très puissante esthétique d’ensemble accompagne cette dénonciation d’un monde anesthésié où la question n’est plus « être ou ne pas être » mais « avoir ou ne pas avoir ». Une création évidemment engagée qui malgré (ou à cause?) ces hybridations reste un vrai moment de théâtre.
Ouest France