
Création nord-américaine en français
Du 17 janvier au 11 février 2012
TRISTESSE ANIMAL NOIR
HEURES DE REPRÉSENTATIONS
Les mardis à 19 h
Du mercredi au samedi à 20 h
Et les samedis à 16 h
Texte : Anja Hilling
Traduction : Silvia Berutti-Ronelt, en collaboration avec Jean-Claude Berutti
Mise en scène : Claude Poissant
Avec : David Boutin + Robin-Joël Cool + Stéphane Demers + Pascale Desrochers + Alexandre Fortin + Claude Gagnon + Alice Pascual + Marie-Ève Pelletier
Assistance à la mise en scène : Catherine La Frenière
Décor : Geneviève Lizotte
Lumières : Éric Champoux
Costumes : Marc Senécal
Accessoires : David Ouellet
Musique : Philippe Brault
Mouvement : Caroline Laurin-Beaucage
Maquillages : Florence Cornet
Assistance aux costumes : Elen Ewing

Deux versions de l'affiche de TRISTESSE ANIMAL NOIR
Photo © Carl Lessard
Version ESPACE GO - Conception Cossette, Artiste retoucheur François Brisson.com | Version Théâtre PÀP - Conception Lino
La première chose qui te vient à l’esprit c’est un animal. Un animal rapide au pelage lumineux. Dans cet état. Proche du rêve. On se laisse embarquer. On accepte. Qu’un animal rapide décrive les courbes de lumière.
Une forêt. L’été. Il fait chaud, terriblement chaud. Trois couples abandonnent la ville pour profiter d’un barbecue et d’une nuit en pleine nature. Ils sont amis, ont entre 30 et 45 ans et mènent la vie confortable de citadins branchés. Ils s’apprécient, se jugent parfois, veulent se plaire. Peu à peu, l’alcool délie les langues. Derrière les banalités échangées se dévoilent les inimitiés, les blessures mal refermées, les ambiguïtés. Soudain, une étincelle vole. La nature s’embrase en un animal silencieux. Sournois. Incendie dévastateur. La fête vire à la catastrophe.
TRISTESSE ANIMAL NOIR plonge l’humain au cœur du chaos. Comment réagir à un événement dont la violence nous dépasse, surtout quand il fait irruption avec fracas? Pour faire entendre les bouleversements intérieurs de ses personnages, Anja Hilling propose un théâtre charnel et inventif. En trois mouvements singuliers, elle installe l’insouciance avec un regard d’une grande poésie, crée le choc à travers des émotions brutes et laisse enfin s’apaiser les cendres.
Née en Allemagne en 1975, Anja Hilling a étudié l’écriture dramatique à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin de 2002 à 2006. Son œuvre, qui compte une dizaine de pièces, dont BULBUS, SENS et MON CŒUR SI JEUNE SI FOU, connaît rapidement un succès auprès des artistes, du public et de la critique. Cet accueil chaleureux lui vaut déjà quelques récompenses et une place parmi les auteurs dramatiques contemporains les plus en vue d’Allemagne et d’Europe.
Après seize années d’heureuse cohabitation, ESPACE GO et le Théâtre PÀP s’unissent aujourd’hui autour d’un projet commun, affirmant ainsi la complicité artistique qui les relie à l’intérieur d’un même lieu. La pièce TRISTESSE ANIMAL NOIR est une extraordinaire partition pour l’inventif metteur en scène Claude Poissant. La forme étonnante du texte — qui marie des genres théâtraux aussi divers que la comédie de mœurs, le cinéma catastrophe et le drame — est un défi à la hauteur de ce grand défricheur et défenseur de paroles à qui l’on doit, entre autres, la mise en scène des pièces THE DRAGONFLY OF CHICOUTIMI et ABRAHAM LINCOLN VA AU THÉÂTRE de Larry Tremblay, TOM À LA FERME de Michel Marc Bouchard, LE TRAITEMENT de Martin Crimp et MUTANTÈS de Pierre Lapointe.
Une coproduction ESPACE GO + Théâtre PÀP
espacego.com + theatrepap.com
Texte publié aux éditions Théâtrales, éditeur et agent de l’auteure
EXTRAITS DE CRITIQUES
La scène de l'incendie de forêt est d'ailleurs le morceau de résistance de ce minitriptyque mis en scène par Claude Poissant. […] Anja Hilling a en effet tissé un bloc narratif percutant où s'entremêlent les gestes, les sentiments et les sensations de chacun de ses personnages. L'évocation est à la fois terrible et belle, et surtout magnifiquement rendue par les acteurs et la sobriété de la mise en scène.
Tristesse animal noir n'est pas un thriller, mais l'adresse avec laquelle Anja Hilling allume les cas de conscience nous garde en haleine. Claude Poissant se montre d'ailleurs parfaitement à l'écoute de ce texte limpide et profond en proposant une mise en scène extrêmement dépouillée ancrée dans les corps et les mots. Voilà du théâtre habité.
Alexandre Vigneault, La Presse
Imparfaite, mais d’une extrême originalité, Tristesse animal noir saisit au corps en diffusant ses notes mélancoliques chargées de soufre et de troublantes réflexions existentielles.
Tel un animal sauvage, étrange et mystérieux, la pièce de l’auteure allemande Anja Hilling ne se laisse pas apprivoiser facilement. Sa forme unique qui mêle des dialogues à une prose littéraire truffée d’images poétiques est en soi un défi pour le metteur en scène. Armé de son légendaire goût du risque, Claude Poissant était tout désigné pour s’attaquer à cette œuvre déroutante qui fascine autant par sa forme que par son propos inquiétant.
Cette prose dense et charnelle décrit l’action de l’intérieur, utilisant la deuxième personne, interpellant le spectateur dans son propre rapport au danger, transmettant l’horreur physique à travers des mots d’une puissante évocation. Le texte est livré parfois avec force (Marie-Ève Pelletier brille par son jeu d’une féroce assurance, et David Boutin, par son charisme naturel), parfois avec moins de conviction (le sex-symbol incarné par Robin-Joël Cool manque parfois de vigueur et le jeu des autres interprètes varie selon les scènes), mais l’effet général est celui d’une expérience extrême et captivante.
La mise en scène minimaliste de Poissant, accompagnée de trois acteurs-musiciens qui font le pont entre les scènes, rend justice à la voix singulière de l’auteure. L’immobilité des acteurs contraste avec le déchaînement de la nature qu’ils racontent, amenant une charge émotive puissante par sa retenue.
Construite comme un suspense, d’un souffle puissant diffusant son effet hypnotique et étouffant comme un parfum de soufre, la fable tragique et grinçante de Hilling réussit un mariage insolite entre les musiques des corps et des âmes. Du théâtre exigeant qui renouvelle le genre et fait vivre de ces rares expériences artistiques qui font littéralement perdre pied.
Elsa Pépin, Voir
Claude Poissant se montre sensible à cette écriture délicate, qu'il met en scène sobrement.
Le récit est d'autant plus fort qu'il est précédé d'une longue scène dialoguée, où les personnages débarquent en forêt et se prêtent à des conversations banales, dans une sorte d'harmonie superficielle. Ce bonheur factice sera vite renversé.
Poissant donne brillamment à cette permutation une équivalence visuelle: les premiers tableaux évoquent presque le Déjeuner des canotiers de Renoir et suggèrent une vision bucolique de la campagne, alors que les scènes finales, plus sombres, présentent des corps raides et des lumières angoissantes. Un travail très léché et pointilleux, malgré la sobriété de l'ensemble.
L'art est d'ailleurs un grand réconfort dans cet univers décharné: l'omniprésente musique est jouée par les comédiens, à la manière d'un concert folk. De ces guitares et de ces voix se dégage une douce chaleur, et peut-être un brin de lumière et d'espoir.
Hilling joue aussi les dramaturges engagés et questionne la responsabilité de l'humain dans les désastres écologiques. […]La narration, pas de doute, fait miroiter différentes facettes du drame. Voilà qui est d'une grande intelligence.
Philippe Couture, Le Devoir
Dans la première partie, plus réaliste, les personnages échangent quelques mots, dans la seconde partie, les paroles sont déconstruites, rapportées par d’autres personnages ou de manière détachée par celui qui les prononce. Toute la distribution fait d’ailleurs preuve de retenue dans le ton et le jeu, et d’une excellente maîtrise du texte au rythme syncopé.
Dans la deuxième partie, quand les flammes se répandent partout, l’auteure n’hésite pas à recourir à une narration à la 2e personne du singulier, un procédé littéraire délicat, mais qui paie. Toute la séquence du réveil au milieu de l’incendie et de la course pour échapper aux flammes est prenante. L’odeur, la température, la propagation du feu, l’explosion, le feu qui court, ses couleurs, la lumière, la noirceur et le temps qui échappe à tout calcul, tout est si bien décrit qu’on s’y retrouve plongé avec les personnages malgré l’absence de décor.
Le Théâtre PàP a fait de ce texte ardu un récit initiatique au discours porteur et prenant.
Daphnée Bathalon, montheatre.qc.ca
C’est un gros morceau de théâtre, mis en scène brillamment par Claude Poissant qui devait prendre un texte très poétique, qui n’était pas assigné à des personnages en particulier dans le 2e acte de la pièce, et d’en faire quelque chose qui se tenait et de poétique. Et dans ce cas-ci, ça vaut vraiment le détour, ne serait-ce que pour voir le travail que Claude Poissant a fait, entre autres en ajoutant un trio de musiciens sur scène avec l’un des personnages. Il faut dire que c’est joué de très très brillante façon. Il faut y aller, ne serait-ce que pour reconnaître le maestro de Claude Poissant.
Karyne Lefebvre, Bouillant de culture, Radio-Canada
TRISTESSE ANIMAL NOIR: On recommande!
J’ai trouvé que c’était un spectacle dur et triste. Le titre est très fort dans l’évocation. Le texte l’est aussi. C’est une mise en scène extrêmement épurée, tournée vers l’intériorité et la fragilité des personnages. Un bon choix. Un texte qui est très dense, très fluide, très imagé dans une très belle traduction de Silvia Berutti-Ronelt. La tension est constante, et mêle la beauté et l’horreur. Il y a des longueurs. Il y a une prétention dans cette pureté aussi. Ça s’étire, mais c’est vraiment une chance de pouvoir entendre ce texte-là. Un spectacle particulier. Je crois que ce n’est pas tout le monde qui va être touché par le style. J’ai été particulièrement bouleversée par la confrontation où nous amenait le texte. C’est puissant. Je vous conseille vivement d’y aller. Allez-y!
Marie-Paule Grimaldi, CIBL
Tristesse Animal Noir : troublant et beau
Claude Poissant décrit avec cette pièce une réalité sombre et cruelle, celle d’une nature belle et monstrueuse plus forte que l’homme. La parole habile de l’auteure Anja Hilling nous entraîne dans un univers sauvage où l’horreur est disséquée avec une troublante retenue.
Le génie de Claude Poissant est d’avoir évité toute forme d’apitoiement ou de sensationnalisme émotif. Les mots sont tels qu’ils gagnent de la force à être partagés de façon simple sur une scène dépouillée – habillée simplement d’un mur lumineux couvert de fumée.
Tristesse Animal Noir est de ces spectacles qui habitent les pensées plusieurs heures après la représentation. En questionnant le deuil, la mort, la souffrance et la culpabilité, Claude Poissant et Anja Hilling nous obligent à nous positionner sur notre propre façon de survivre aux traumatismes de l’existence.
François Bernier, Magazine Être
Much as I admire Espace Go artistic director Ginette Noiseaux, there have been times during the past few years when I have been baffled by her enthusiasm for new German dramaturgy. After seeing Tristesse Animal Noir, I’m thinking that she may be on to something.
Tristesse Animal Noir is demanding and densely written. At one hour and 45 minutes, it over-estimates attention spans. Ultimately, however, it has a sobering, memorable effect.
Pat Donnely, The Gazette
Un jeu poignant et terriblement vrai
Incroyablement poignante, la pièce plonge l’humain dans le chaos. La violence et l’intensité de celle-ci sont troublantes, déstabilisantes, et étrangement belles.
Chapeau à David Boutin, qui incarne avec justesse et intensité le personnage de Paul, le plus affecté des compagnons. Son duo avec Pascale Desrochers, campant Jennifer, touche à l’âme directement, dans une brève scène aérienne, poignante et violente d’émotions. La réunion de ces deux ex révèle la fragilité de l’être dans un tel chaos.
De son côté, Alice Pascual est percutante du début à la fin, arrachant un moment de douleur au spectateur qui assiste à l’éclatement de la vie de Miranda, au cœur de mère désormais calciné. Robin-Joël Cool (Flynn) ainsi que Stéphane Demers (Martin) se révèlent être un duo qui se complète étonnamment bien.
Tristesse animal noir ébranle à un point tel qu’il est impossible d’en ressortir le cœur léger. Troublant, il pénètre au fond de l’âme et de l’esprit et y installe son néant dévasté comme si le spectateur était lui-même victime de l’évènement tragique de la pièce. Rarement a-t-on vu un texte aussi riche, incisif et beau, porté à la vie par des voix aussi vraies. La tragédie fait tellement mal qu’elle en devient belle.
Audrey Neveu, quebecspot.com
Mention à Pascale Desrochers dans le rôle de Jennifer qui, du début à la fin, a offert un jeu sans faille, d’une véracité touchante, comme toujours.
Valérie Patry, sorstu.ca
Une pièce brute, chaude, et sauvage, dont la mise en scène minimaliste accentue l’intensité.
Anja Hilling et Claude Poissant réussissent avec talent un pari risqué : représenter l’impact d’une catastrophe naturelle de taille, qui bouleverse la vie d’un groupe d’amis. La force de Tristesse Animal Noir réside justement dans ce spectacle de l’évolution des relations après un événement traumatique. La pièce nous offre un véritable panorama psychologique des personnages, avant, pendant et après l’incident. Entre poésie et sauvagerie, Tristesse Animal Noir frôle l’expérience sensorielle, où les mots suffisent à nous donner mal, chaud, ou soif. Elle façonne alors un retour à l’élémentaire, proche de la pureté originelle.
Florence Bessac, pieuvre.ca
J’ai ce don (ou handicap) qui me permet de complètement m’abandonner à une expérience sensorielle. Au cinéma, particulièrement, je pleur, je ris, j’hyperventile, j’ai peur. Je vais au théâtre depuis plusieurs années, pourtant ce fut la première fois que je l’expérimentai durant une pièce.
J’ai découvert Anja Hilling et son écriture hachée au rythme des répliques. Je dis hachée, je n’ai pas lu le texte, je le cherche d’ailleurs. Toutefois, je ne trompe pas si je parle de précision en parlant de ces répliques très brèves, qui vont droit au but.
[…] Je ne sais pas si ma description arrive au talon de l’émotion qui m’a envahie à ce moment-là. Je ne sais pas non plus si mon enthousiasme a été partagé par le reste du public. Si j’ai été la seule, et j’en doute un peu, je suis désolée de vous exhorter à y aller. Ne serait-ce que pour le premier contact avec cette dramaturgie allemande si riche en images poétiques.
Corinne Pulgar, La douce impudence
La forme de narration évolue elle aussi de façon surprenante. Plutôt classique depuis le début de la pièce, elle devient plus fragmentée. L’autre raconte l’autre tour à tour, les éclairages mettant en évidence l’un après l’autre les différents narrateurs. Les dialogues entre les personnages sont plus courts et font appel aux instincts naturels. Chair. Eau. Sang. Femme. Odeur. Bébé. Le temps ralentit, la douleur est vive, l’homme est plongé dans l’obscurité. Il devient animal. La tristesse de l’animal noir rejoint enfin le spectateur. Et c’est ici que tout devient plus proche de ce que nous sommes.
L’écriture est à ce moment poussée à son apogée et toute la création s’en ressent. Les comédiens, le décor, les éclairages et la mise en scène agissent tous en une parfaite symbiose. C’est le moment le plus fort de la pièce. […] C’est ici qu’on assiste à la présentation d’un style bien particulier. L’écriture, plus exigeante certes, gagne grandement en richesse, car elle fait appel avec force à nos réflexes humains. On se sent vraiment dans le réel, dans le vécu humain.
Impossible de manquer l’action de deux personnages suite à l’incendie : Flynn poursuit sa carrière de chanteur à l’étranger et Oskar présente une exposition témoignant de la trace que l’incendie a laissée en lui. Les deux hommes transforment ainsi leur expérience traumatisante en création artistique.
Félix Delage-Laurin, Artichautmag.com